Le Parti québécois (PQ) a dévoilé mardi son cadre financier, promettant de financer 6,5 milliards de dollars de nouvelles dépenses grâce à une «lutte à la bureaucratie» qui générerait des économies de 6,6 milliards. Cette stratégie permettrait d'atteindre le retour à l'équilibre budgétaire dès 2028-2029, soit un an plus tôt que ce qu'exige la Loi sur l'équilibre budgétaire.
C'est l'ex-ministre des Finances du gouvernement Marois et candidat dans Marie-Victorin, Nicolas Marceau, qui a présenté ce cadre financier en l'absence du chef Paul St-Pierre Plamondon, alors que ce dernier se préparait au premier débat télévisuel à TVA.
Un contexte économique difficile
«Nous avons élaboré notre cadre financier dans un contexte économique particulier: les tensions commerciales avec les États-Unis, le ralentissement de la croissance, la hausse du coût de la vie, la pression sur nos finances publiques et les défis persistants de productivité imposent au prochain gouvernement de faire des choix responsables», a expliqué M. Marceau, entouré d'autres candidats de l'équipe économique péquiste.
Selon les projections du PQ, le solde budgétaire du Québec passerait d'un déficit de 6,5 milliards en 2026-2027 à un surplus de 49 millions en 2028-2029, et ce, après versement au Fonds des générations. Or, le document laisse entrevoir un trou de 1,85 milliard à résorber en 2028-2029. «Nous, on pense que d'ici trois ans, on va avoir le temps de trouver des solutions», a affirmé l'ex-ministre.
Un «grand ménage» dans la fonction publique
Le PQ mise notamment sur des mesures «à coût nul» et un plan d'action pour faire le «grand ménage» dans la fonction publique. La formation propose de réduire de manière récurrente les coûts liés à la rémunération des fonctionnaires du secteur public et parapublic de 2,5%.
Cette diminution permettrait des économies de 1 milliard dès 2027-2028, puis de 1,6 milliard par année jusqu'en 2030-2031, pour un total à terme de 6,3 milliards. À cela s'ajoute l'abolition de Santé Québec, qui générerait des économies de 340 millions d'ici cinq ans. Au total, la réduction de la taille de la fonction publique permettrait de dégager 6,6 milliards d'ici 2030-2031.
Contrairement à ses adversaires, le PQ ne se donne pas de cible d'abolition de postes. Le chef libéral Charles Milliard promet par exemple une réduction de 12 000 postes à temps complet. «On a décidé d'avoir une approche en termes de valeur de la masse salariale [...]. En allant sur la masse salariale, on est encore plus précis», a expliqué M. Marceau. En coulisses, la formation évoque que cette diminution équivaudrait à 16 000 postes à temps complet, sans en faire une cible.
Des années difficiles à venir
Le PQ assure conserver les prévisions du ministère des Finances pour la croissance des dépenses des portefeuilles. Ce cadre prévoit deux années de vaches maigres pendant lesquelles la croissance des dépenses se limiterait à 1%, en 2028-2029 et en 2029-2030. «C'est un des problèmes qu'il faut résoudre d'ici cette époque», a admis M. Marceau.
La formation souverainiste assure qu'elle va «recentrer l'État sur ces missions fondamentales qui sont de protéger, soigner et éduquer notre monde». Or, elle ne précise pas la croissance de ses dépenses dans les secteurs de la santé et de l'éducation. «On n'était pas en mesure de le faire», a expliqué M. Marceau, indiquant que le rapport préélectoral ne donne pas le taux de croissance pour les années 2029-2030 et 2030-2031.
De nouvelles dépenses et des promesses à coût nul
Le PQ chiffre ses engagements à 6,5 milliards de nouvelles dépenses sur cinq ans. Parmi les plus coûteuses, l'augmentation du nombre d'heures en soins à domicile, qui coûtera 1,3 milliard. Il lui reste pour 2,7 milliards de mesures à annoncer d'ici la fin de la campagne, notamment un plan ambitieux pour réduire de moitié l'itinérance.
D'autres promesses se feront également à «coût nul», comme la baisse d'impôt de 20% offerte aux PME qui se financera avec l'abolition du Fonds du développement économique. Le PQ promet aussi de reverser 450 millions aux particuliers qui gagnent annuellement moins de 40 000$ pour les aider à payer l'essence, une mesure financée à même le Fonds d'électrification et de changements climatiques, tout comme sa Passe mobilité qui coûtera 548 millions sur cinq ans.
Comme révélé il y a quelques jours, le PQ réserve 130 millions pour tenir son référendum sur la souveraineté du Québec et mener la vaste consultation qui doit aboutir à la rédaction d'une constitution provisoire. Pour l'heure, la formation ne prévoit pas de sommes additionnelles dans le Plan québécois des infrastructures (PQI), des annonces à ce sujet étant prévues plus tard lors de la campagne.