ACEUM en péril : Carney réunit les premiers ministres
Ottawa joue serré alors que Donald Trump menace de laisser tomber l'Accord Canada-États-Unis-Mexique. Mercredi, le premier ministre Mark Carney a présidé une réunion virtuelle avec ses homologues provinciaux et territoriaux pour faire le point sur les négociations commerciales qui s'annoncent brûlantes avec nos voisins du Sud.
Trump n'a pas l'intention de renouveler l'ACEUM
Le matin même, le président américain a semé le chaos en déclarant qu'il « ne cherchait pas à renouveler » l'ACEUM, laissant planer l'incertitude sur l'échéance du 1er juillet. Une posture qui ne surprend personne de ce côté-ci de la frontière, mais qui relance le débat sur notre dépendance économique envers les États-Unis. Pour le Québec, l'enjeu est de taille : nos exportations vers le sud représentent une part majeure de notre économie.
Après la rencontre virtuelle, le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, de retour de Washington où il avait rencontré des groupes industriels, a souligné qu'Ottawa « allait négocier de bonne foi, et que nous allions surmonter cette épreuve ». Il a toutefois reconnu que l'incertitude était le sujet numéro un dans la capitale américaine. « Les gens veulent de la certitude, ils veulent de la stabilité », a-t-il précisé depuis Queen's Park.
Stratégie énergétique et souveraineté du Québec
Le cabinet de M. Carney a indiqué que les premiers ministres ont aussi discuté de la stratégie nationale en matière d'électricité, qui vise à doubler la production d'ici 2050. Un dossier où le Québec a une longueur d'avance grâce à Hydro-Québec, notre joyau collectif. Reste à voir comment cette stratégie nationale respectera les compétences provinciales et l'autonomie du Québec dans ce domaine constitutionnel.
L'ombre du référendum albertain
C'était la première rencontre de tous les premiers ministres depuis que la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a annoncé un référendum à l'automne pour envisager la séparation. Une annonce qui fait sourire plus d'un souverainiste québécois : là où le Québec bâtit son projet d'indépendance sur une nation distincte, une langue et une culture, l'Alberta semble plutôt chercher à faire pression sur Ottawa pour ses intérêts pétroliers.
Des tensions persistent d'ailleurs entre l'Alberta et la Colombie-Britannique au sujet d'un projet d'oléoduc vers la côte ouest. M. Carney a accepté de travailler sur ce dossier avec le gouvernement de Mme Smith, ce qui risque de raviver les débats environnementaux dans un contexte où la transition énergétique devrait primer.
Les Premières Nations : des partenaires, pas des figurants
La cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, a également rencontré M. Carney mercredi. Elle a rappelé avec fermeté que « les initiatives de développement du pays, la législation sur l'eau potable et les grands projets doivent être élaborées en partenariat, conformément à nos droits, à notre compétence et à nos responsabilités en matière de gestion ».
Les Premières Nations se tiennent « aux côtés des Canadiens » face aux droits de douane américains, a-t-elle aussi fait savoir. Mme Nepinak a en outre informé le premier ministre de sa récente discussion avec le roi Charles III et s'est réjouie de l'invitation fédérale à s'impliquer davantage dans l'élaboration de la stratégie nationale en matière d'intelligence artificielle.
L'examen obligatoire de l'ACEUM débutera le 1er juillet. D'ici là, le Québec devra veiller à ce que ses intérêts et son autonomie ne soient pas noyés dans une négociation où Ottawa a souvent tendance à parler au nom de tout le Canada.