Dans sa première carte blanche publiée dans La Presse, l'autrice Martine Delvaux oppose la caricature qu'on fait d'elle à sa réalité bien tangible. Face à la recrudescence des violences faites aux femmes, elle lance un appel vibrant au courage, à la parole et à la solidarité. Un texte qui résonne fortement chez nous, au Québec.
« Ah ben ! C'est vous, ça ? » Combien de fois Martine Delvaux a-t-elle entendu cette exclamation, teintée d'étonnement et parfois de méfiance, au moment de serrer une main tendue ? Dans sa chronique, elle raconte comment sa réputation la précède, bâtie sur des raccourcis, des préjugés et des malentendus. « Ma chevelure, mes vêtements, mon rouge à lèvres, ma taille. Peut-être, surtout, ma petite taille... », écrit-elle, démontant l'image de l'« amazone » qu'on lui colle à la peau.
Ce réflexe de s'excuser d'exister, de se faire plus petite que nature, elle l'assume avec une lucidité désarmante. « Une partie de moi a envie de correspondre à l'image qu'on s'est fait de moi », confie-t-elle, évoquant ce jeune homme qui, lors d'une période de questions dans un cégep, lui a craché le mot « amazone » avec fureur. Une guerrière, prête à tout, qui n'a peur de rien. Parfois, elle en rêve.
Une réputation érigée sur la caricature
Martine Delvaux ne mâche pas ses mots : sa réputation s'est construite sur la caricature de ses livres par « certaines plumes réfractaires et outrées, férues de mauvaise foi ». Des clichés qu'on colle aux féministes « depuis la nuit des temps ». Pourtant, sa réalité d'écrivaine est tout autre : un travail « à tâtons, prudemment, sérieusement et sans relâche », un processus de recherche exhaustif, un courage qu'elle remet cent fois sur l'écran.
Le féminisme ne fait pas l'unanimité, rappelle-t-elle, surtout aujourd'hui alors que s'opère « un important ressac, une revirilisation globale » qui contamine les lois, les règlements et les pratiques, tant dans la vie privée que dans les institutions. « Ça fait partie de la game, comme on dit, d'être un tant soit peu détestée quand on ose poser cette lentille-là sur le monde. »
Le poids des violences faites aux femmes
Mais s'en prendre aux individus sans les avoir lus, lancer les meutes aux trousses de celles qui luttent, ça laisse des traces. Sur le corps, sur la voix, sur l'écriture. Elle évoque ce « club des douteuses », empruntant l'expression de Claudia Larochelle dans Le Devoir, ces femmes qui n'ont jamais vraiment le sentiment d'être à la hauteur. Toutes ces femmes qui écrivent « dans l'ombre, dans une chambre qui n'est jamais seulement à elles, volant du temps, arrachant des mots à la vie ».
Le contexte est tragique : au moment d'écrire ces lignes, on annonçait le 15e féminicide depuis le début de l'année au Québec. Une femme de 77 ans « égorgée » par son conjoint. « C'est effarant, je secoue la tête chaque fois parce que c'est incompréhensible, en 2026, au Québec », écrit-elle. Et de s'interroger : combien de femmes les statistiques ne comptent-elles pas ? Combien de vies interrompues, de voix tues par la violence ?
Un appel à la solidarité et à l'espoir
De retour d'une tournée en France pour son plus récent livre Divas, qui porte sur la voix des femmes, Martine Delvaux rapporte les confidences de lectrices : ces pages sur la difficulté de parler, depuis l'Antiquité grecque jusqu'à aujourd'hui, leur ont tiré des larmes et donné le courage de lutter. Elle espère que sa collaboration avec La Presse sera l'occasion de continuer à insuffler, collectivement, un peu d'espoir « dans des temps si sombres ».
Parler, écrire, pleurer, trembler, et continuer malgré tout à avancer. « C'est vous, ça ? » Oui, c'est moi. C'est nous.
« Parler, écrire, pleurer, trembler, et continuer malgré tout à avancer. »
— Martine Delvaux
Questions fréquentes sur la carte blanche de Martine Delvaux
Quel est le sujet principal de la première carte blanche de Martine Delvaux ?
Martine Delvaux y oppose la caricature qu'on fait d'elle en tant que féministe à sa réalité personnelle, tout en lançant un appel à la solidarité face aux violences faites aux femmes.
Pourquoi Martine Delvaux évoque-t-elle les féminicides au Québec ?
Elle souligne qu'au moment d'écrire, 15 féminicides avaient été commis depuis le début de l'année au Québec, dont celui d'une femme de 77 ans, pour dénoncer l'ampleur de la violence conjugale et son impact sur toutes les femmes.
Que signifie le titre « C'est vous, ça ? » dans ce contexte ?
Il reprend l'exclamation que Martine Delvaux entend souvent lorsqu'on la rencontre pour la première fois, illustrant l'écart entre sa réputation publique et sa personne réelle.
Où peut-on lire les prochaines cartes blanches de Martine Delvaux ?
Cette chronique est la première d'une série de cartes blanches que l'autrice signera dans le cadre d'une collaboration avec La Presse.
