Le Canada et l'Union européenne prépareraient un partenariat élargi couvrant la sécurité numérique, les minéraux critiques et une flotte d'avions-citernes, selon un document de travail consulté par La Presse Canadienne et rendu public le 15 octobre 2026. Ce plan, surnommé « Alliance pour l'avenir », doit être officialisé lors d'un sommet Canada-UE les 29 et 30 octobre à Montréal.
L'ébauche de communiqué, datée du 22 septembre, trace la feuille de route d'un rapprochement sans précédent entre Ottawa et Bruxelles, alors que les deux partenaires cherchent à réduire leur dépendance envers des États-Unis devenus imprévisibles. Une nouvelle façade atlantique, en quelque sorte, qui tombe à point pour le Québec.
Un « membre associé » pour l'ère numérique
La pièce maîtresse du document est numérique. Ottawa et Bruxelles veulent permettre aux entreprises canadiennes de soumissionner pour des projets d'infrastructures d'infonuagique et d'intelligence artificielle habituellement réservés aux entreprises européennes. Le Canada obtiendrait le statut de pays « associé » dans le cadre de la proposition de règlement de la Commission européenne sur le développement de l'informatique en nuage et de l'IA, ce qui signifie qu'il serait traité comme un pays membre lors des appels d'offres sur les infrastructures numériques critiques.
Cette disposition donne suite à la proposition formulée en septembre par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui voulait faire du Canada le premier « membre associé » de l'Union. Une première historique, et un signal clair : l'Europe voit en nous plus qu'un simple partenaire commercial.
Le partenariat prévoit aussi l'adhésion du Canada au système européen de navigation par satellite Galileo, ainsi qu'un accord pour faciliter les investissements européens dans nos minéraux critiques. Pour le Québec, riche en lithium, en nickel et en terres rares, c'est une avenue prometteuse qui pourrait accélérer des projets comme celui du virage vert, un secteur où notre expertise est déjà reconnue.
Des avions-citernes contre les feux de forêt
Le document annonce également l'achat conjoint de 50 avions-citernes De Havilland de fabrication canadienne, qui devraient être opérationnels pour lutter contre les incendies de forêt d'ici 2030. Une nouvelle qui résonne douloureusement ici, alors que les étés québécois sont marqués par des saisons des feux de plus en plus dévastatrices. L'été 2023 nous l'a rappelé : les feux de forêt ne sont plus une exception, c'est notre nouvelle réalité climatique. Une flotte partagée avec l'Europe, construite chez nous en prime, c'est du concret.
Se prémunir contre Washington
Derrière ce rapprochement, il y a une évidence qui s'impose à Ottawa comme à Bruxelles : les États-Unis de Donald Trump ne sont plus un partenaire fiable. Tarifs imprévisibles, contrôles à l'exportation capricieux, menaces récurrentes envers l'ordre commercial : le voisin du sud a changé de nature. Le communiqué en préparation s'engage d'ailleurs à renforcer la souveraineté numérique et à harmoniser les cadres réglementaires, tout en portant haut l'étendard de l'« ordre international fondé sur des règles ».
Patrick Leblond, professeur agrégé à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, résume bien le défi : il s'agit de parer aux réactions négatives de la Maison-Blanche tout en renforçant les liens transatlantiques au-delà du prochain cycle électoral. Autrement dit, bâtir quelque chose de durable, pas un coup d'éclat de plus.
Wendy Gilmour, vice-présidente de l'Institut de la Conférence des associations de la défense, note que les entrepreneurs européens privilégient déjà les entreprises canadiennes plutôt qu'américaines, justement à cause des contrôles à l'exportation que Washington impose aux ventes vers les marchés tiers. Mais elle voit un obstacle de taille : convaincre nos entreprises technologiques, si habituées au marché américain, de se tourner vers l'Europe.
« Les entreprises canadiennes ont mis du temps à se lancer, car elles sont tout simplement habituées à travailler avec le marché américain », a-t-elle expliqué.
« C'est facile. On y parle anglais. C'est tout simplement plus simple que de travailler dans un environnement réglementaire européen comprenant 27 pays différents. »
Une occasion pour la francophonie canadienne
Pour un média comme le nôtre, ce sommet revêt une importance particulière. Un partenariat resserré avec l'Europe, c'est aussi l'occasion de resserrer les liens avec la francophonie européenne, de Bruxelles à Paris. Le document met d'ailleurs de l'avant des efforts continus pour renforcer les liens dans des domaines allant du commerce à l'éducation, en passant par le secteur militaire. Cette dimension éducative et culturelle mérite d'être saisie : nos universités, nos créateurs, nos entreprises culturelles ont tout à gagner d'un pont plus solide avec le continent.
Le sommet du 29 et 30 octobre réunira à Montréal le premier ministre Mark Carney, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen António Costa et d'autres dirigeants de l'UE. La métropole québécoise sera ainsi, quelques jours à peine, la capitale de facto d'un Occident qui cherche à se réinventer loin de Washington.
Ce rapprochement nous rappelle aussi une chose : le modèle québécois, social-démocrate et écologiste, a plus d'affinités avec l'Europe qu'avec le projet conservateur que Poilievre et Trump incarnent. C'est peut-être là le plus beau symbole de cette Alliance pour l'avenir.
Questions fréquentes
Quand aura lieu le sommet Canada-UE ?
Le sommet Canada-UE se tiendra les 29 et 30 octobre 2026 à Montréal, avec le premier ministre Mark Carney, Ursula von der Leyen et António Costa.
Qu'est-ce que le statut de « membre associé » de l'UE pour le Canada ?
Ce statut, proposé par Ursula von der Leyen en septembre 2026, permettrait au Canada d'être traité comme un pays membre pour soumissionner aux contrats d'infrastructures numériques critiques de l'UE.
Combien d'avions-citernes le Canada et l'UE comptent-ils acheter ?
Le document de travail prévoit l'achat conjoint de 50 avions-citernes De Havilland de fabrication canadienne, opérationnels d'ici 2030 pour lutter contre les feux de forêt.
