Céline Dion au Royal Monceau : un palace parisien entre dans la légende
Il n'y a pas un hôtel au monde qui soit plus visible en ce moment que Le Royal Monceau, là où Céline Dion a déposé ses malles. La star québécoise et son entourage y occuperaient une cinquantaine de chambres sur deux étages, transformant ce palace parisien en véritable quartier général de la tournée européenne de la chanteuse.
Des bruissements laissent entendre que la note pourrait s'élever à 5 millions d'euros. Sachant que tous les palaces parisiens ont fait des pieds et des mains pour accueillir la chanteuse, cela m'étonnerait. Ce palace bénéficie d'une publicité hors du commun depuis le 28 août dernier, et les retombées médiatiques pour l'établissement sont inestimables.
Un joyau de l'hôtellerie construit en 1928
Nombreux sont ceux qui découvrent ce joyau de l'hôtellerie construit en 1928. Au fil des décennies, il a accueilli de nombreuses personnalités. Les membres de Beau Dommage y ont séjourné en 1975. C'était bien avant qu'il ne soit relooké par Philippe Starck, en 2010, qu'il n'aille décrocher ses cinq étoiles et qu'un jus détox soit offert à 35 $.
Ce long séjour de Céline au Royal Monceau, ses apparitions au balcon, une serviette enroulée sur la tête, ses salutations débordantes de chaleur à ses admirateurs avant les départs pour le Plenitude Arena, tout cela est en train de faire entrer cet hôtel dans la légende.
Les hôtels et leurs légendes : une histoire d'âme
Tout comme l'ont fait Marilyn Monroe et James Dean avec le Beverly Hills Hotel, John Lennon et Yoko Ono avec le Reine Elizabeth ou Audrey Hepburn avec le Hassler de Rome, Céline Dion marque de son empreinte ce palace parisien.
Il n'y a pas d'endroit plus impersonnel qu'un hôtel. Une maison vide peut être aussi solitaire qu'un hôtel rempli, ai-je lu quelque part. Un hôtel est un lieu de passage. On quitte une chambre après y avoir dormi et fait l'amour en l'abandonnant à des étrangers qui viendront y dormir et faire l'amour quelques heures plus tard.
C'est pourquoi les hôtels aiment se doter de légendes. C'est ce qui leur procure une âme et une forme d'immortalité. Que serait le minuscule Hôtel Welcome de Villefranche-sur-Mer sans Jean Cocteau ? Le poète y a fait plusieurs séjours dans les années 1920 après la mort de Raymond Radiguet pour y engourdir sa peine lors de longues sessions d'opium.
Quand les hôtels deviennent des demeures
Il arrive que les hôtels, malgré leur froideur, deviennent des demeures. Coco Chanel a vécu durant de nombreuses années dans une suite du Ritz de la place Vendôme en compagnie d'une gouvernante. Grâce à ses amitiés allemandes, elle a pu conserver ses appartements durant l'Occupation.
Le milliardaire Howard Hughes s'est longtemps cloîtré dans des chambres d'hôtel en raison de sa paranoïa et de sa mysophobie. Las de l'avoir comme client depuis des mois, le patron du Desert Inn de Las Vegas lui a demandé de partir. Qu'a fait Hugues ? Il a acheté l'hôtel.
Des hôtels marqués par la tragédie
Certaines célébrités ont rendu des hôtels tristement célèbres. C'est le cas de Janis Joplin, qui est morte d'une surdose d'héroïne dans la chambre 105 du Landmark Motor Hotel, de Los Angeles, le 4 octobre 1970. Tout comme pour leurs clients, les hôtels accueillent la mort à toute heure.
Le Marmont Hotel, situé sur Sunset Boulevard, traîne une réputation sulfureuse. Dans les années 1970 et 1980, des clients célèbres s'y sont inscrits à la réception pour y vivre la débauche et la démesure. Jim Morrison a fait une chute de sa fenêtre, les membres de Led Zeppelin ont été bannis après une fête agitée et John Belushi a trouvé la mort dans un des pavillons. C'est ce qui a fait dire un jour à Harry Cohn, grand patron de la Columbia : « Si vous voulez avoir des ennuis, allez au Marmont. »
Le Royal Monceau et le cinéma : une histoire d'amour
On vient parfois dans des hôtels dans l'espoir d'y voir des fantômes. Combien de gens ont imaginé la silhouette de Marcel Proust dans les verrières du Grand Hôtel de Cabourg ? L'écrivain snob et inquisiteur y a connu de fabuleux moments à partir de 1907. Sur les digues de cette station balnéaire (qu'il a renommée Balbec), il a longuement observé la faune qui a inspiré le roman À l'ombre des jeunes filles en fleurs.
Certains grands hôtels sont devenus célèbres grâce au cinéma. Le Fontainebleau de Miami Beach a servi de décor à Scarface, de Brian De Palma, le Plaza de New York a été immortalisé grâce à Gatsby le Magnifique, de Baz Luhrmann.
Quant au Royal Monceau, il a souvent servi à des tournages. Des scènes du film Diva de Jean-Jacques Beineix y ont été tournées. Si vous avez vu le film, vous avez sans doute en tête les images de la cantatrice qui reçoit dans sa chambre un jeune admirateur épris d'elle qui a en sa possession le seul enregistrement de sa voix.
À la fin du film, la diva, interprétée par Wilhelmenia Wiggins-Fernandez, chante Ebben ? Ne andrò lontana, extrait de l'opéra La Wally, d'Alfredo Catalani. Or, que chante Céline Dion à la fin de son spectacle parisien ?
Une légende, ça se construit aussi comme ça.